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On connaît le goût immodéré de notre pays pour les rapports publics, commandés à la pelle par telle administration ou tel ministre et le plus souvent destinés, au mieux à aller prendre la poussière dans un tiroir, au pire à passer directement à la poubelle. Il faudrait néanmoins se pencher sur le cas du rapport sur " l’Economie de l’immatériel ", écrit par Jean-Pierre Jouyet, chef de l’inspection des finances à Bercy et Maurice Lévy, président du groupe Publicis et remis très récemment à Thierry Breton, Ministre de l’Economie. Ce document est un véritable pavé jeté au beau milieu de la mare trop tranquille de la culture hexagonale. Comme tous bons organes publics, les musées français sont des gouffres financiers et ignorent toute notion d’efficacité économique et de rentabilité. Le milieu culturel français, toujours prompt à toiser de haut le reste du monde, considère d’ailleurs avec un mépris affiché les pratiques commerciales des musées américains. Pourtant, là bas, il existe non seulement une politique structurée et " bankable " des produits dérivés mais également une gestion décomplexée des collections. En France, dès lors qu’une œuvre rentre dans un établissement labellisé " musée de France ", elle devient plus sacrée qu’une sainte relique et ne peut plus jamais être revendue, même si son intérêt est médiocre ou si elle est condamnée à être entreposée dans des caves sans être présentée au public. Aux Etats-Unis comme dans de nombreux autres pays, les musées revendent des pièces afin de pouvoir être en mesure d’en acquérir d’autres, sans que cela déclenche une levée de boucliers d’intellectuels pétrifiés par une vision archaïque de la culture. Le rapport de Jouyet et Lévy met surtout en exergue une menace bien réelle : bientôt, si les musées français n’adoptent pas des pratiques de gestion semblables à celles de leurs homologues internationaux, ils n’auront plus les moyens financiers de conserver ce prestige dont nos élites sont si fières. Une des principales recommandations préconisées par les auteurs du rapport est relativement simple. En effet, il s’agirait que les musées distinguent parmi les œuvres d’art entre celles considérées comme " trésors nationaux ", qui ne pourraient être cédées, et celles considérées comme " œuvres libres d’utilisation ", qui pourraient être louées voire revendues. Le produit de cette commercialisation devant être réaffecté à l’achat de nouvelles collections. Evidemment cette préconisation révolutionne un petit milieu figé et conservateur, pour lequel associer les termes " œuvres d’art " et " commerce " est obscène. Cependant, quel mal y a t’il à vouloir appliquer des recettes marchandes afin de faire vivre des musées dont l’Etat ne peut plus assurer le développement, quand ce n’est pas la survie ? Quel affreux tabou va t’on transgresser en voulant gérer des équipements culturels avec un minimum de bon sens ? De nombreux musées possèdent des pièces qui sont loin d’être des chefs-d’œuvres intemporels, acquises en fonction des fluctuations des modes ou parfois par " copinage " (Buren et consorts ont construit des carrières grâce à leur entregent politique…). Il suffirait alors de déclasser ces œuvres de " seconde catégorie ", qui encombrent nos établissements et ne seront probablement jamais montrées au public. Cette gestion intelligente des stocks et des achats, couplée à une solide politique de " merchandising " permettrait aux musées français de trouver l’oxygène financier dont ils ont besoin, à l’Etat de réaliser des économies substantielles et au milieu culturel d’augmenter l’impact de l’art auprès du grand public.
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